Apocalypse
Déjà, il y a 2 semaines on avait eu droit à un déluge assez dévastateur puisqu'il a convertit mon patio en cimetière de plantes. Des grelons de 5 cm qui ont cassé 2 fenetres, bouchés les tuyaux et provoqués un début d'innondation dans mon patio. Hier soir, nouvel épisode dans la série catastrophe climatique à Buenos Aires : énorme tempête dont l'épicentre se situait pile à Barracas, mon quartier, selon La Nacion. Pas de grelons mais un vent à décorner les boeufs (et pour le coup ça a pas a du rater!) et toujours autant d'eau qui tombe à la minute (c'est un pays pour hydrologues ici!).
J'ai fini par pouvoir rentrer vers 1h du matin quand tout se calme, mais quel spectacle! Plusieurs rues sont totalement bouchées par la chute d'arbres : Cochabamba, Chacabuco, ... Mais le pire : l'avenue Caseros, la mienne, la plus classe du quartier puisqu'elle a été totalement réaménagée il y a deux ans : d'énormes branches d'arbres déchirées, tombées sur des voitures, en plein milieu de la rue. Un vrai spectacle d'apocalypse en pleine nuit avec une brume flottant entre les débris, des torrents qui dévalent dans les caniveaux, des objets divers qui traversent la route, ... J'atteins la maison sans encombre mais un peu effrayée de ressortir prendre des photos.
Ce matin je pars prendre des photos. C'est Semana Santa donc férié jusqu'a lundi. Personne n'est venu ramasser à part les voisins qui ont essayer de faire des petits tas avec les plus petits morceaux. Quelqu'un a mis un scotch symbolique autour des zones sinistrées, qui semble un peu ridicule devant l'étendue des dégâts
La Nature est enervée en ce moment, pourtant c'est pas comme si on en prenait pas soin...
Ciudanza en Parque Lezama
Dimanche le festival Ciudanzainvestit le Parc Lezama tout le long weekend (férié le 2 avril pour les Malouines). Quand j'arrive tous les gens réunis dans le parc se dirigent vers le point d'observation du coin sud/est. Déjà beaucoup de gens sont assis par terre, les autres se rassemblent debout autour, face à la scène que constitue aujourd'hui le balcon du point d'observation. Trois couples de danseurs se mettent en mouvement au son d'une vieille enceinte crachotant un vieux tango pile au moment où j'arrive. Ils dansent ensemble ou chacun leur tour, utilisant très bien l'espace et les contraintes du lieu : arbres auxquels ils attachent des tissus, barrières par dessus lesquelles ils sautent ou dansent,... qui forment en même temps une scène et une barrière naturelle pour les séparer du public. La musique, toujours du tango, devient plus moderne, plus électro : du nuevo-tango
Quand ça finit tout le monde se dirige vers l'amphithéâtre, à l'opposé du parc, dans le coin nord-est. Là d'autres danseurs sont positionnées et attendent que tout le monde soit là. La foule nombreuse arrive et s'installe sur les gradins, tout propres. Je comprends donc pourquoi ils étaient lavés en profondeur la semaine dernière : pas de hasard dans l'espace public porteño !
A côté de moi, un petit garçon de 8 ans environ, sans chaussures et assez sale, demande des sous à des touristes français qui ne comprennent pas ce qu'il dit : "donnez-moi des sous parce que ici c'est chez moi, nous les enfants on vit ici et vous êtes chez moi alors donne moi pour que je m'achète quelque chose à manger".
Sabado por la tarde
Samedi dernier, malgré la veille, on se motive avec elsa pour une petite des places de la ville
On commence par se diriger vers la Place Almagro, quartier que j'aime bien mais dont je n'ai jamais vu la place. Il était censé y avoir un marché de nourriture le samedi en plus, sauf qu'une fois sur place nous constatons qu'il s'agit simplement d'un marché d'approvisionnement comme il y en a dans tous les quartiers (des produits moins chers puisque subventionnés par l'Etat). La place Almagro elle est assez jolie, toute refaite apparemment, grillagée elle aussi. Le mobilier est conceptuel et original mais assez sympa. Pas mal de jeunes en ce samedi aprèm
On se dirige ensuite vers le Parque Centenario que je choisirais peut-être comme terrains d'étude. Assez grand parc de la ville, rond ce qui est plutôt rare, il a fait l'objet d'un réaménagement houleux il y a quelques années. Ce qui a levé les foules : le grillagement de l'ensemble du parc, qui est plutôt grand, donc beaucoup de grille, avec des sortes de point de contrôle aux 4 points cardinaux. on a un peu l'impression d'entrer au zoo et d'en être les animaux. Tout autour de ces grilles mais à l'extérieur, ce qui en fait renverse l'impression que ce sont les artisans qui sont enfermés: une feria. ou plutôt comme on les appellerait chez nous : des biffins. En gros des tas de gens qui viennent revendre des trucs qu'ils ont trouvés pour se faire un peu de sous. En comparaison, à l'intérieur, le parc fait un peu carton-pâte, tous les usages sont préconçus et les espaces auxquels ils sont destinés pré délimités . Un lac au milieu, sale.
On mange nos empanadas et on décampe vers le but véritable de notre après-midi : Palermo et ses boutiques. J'ai déjà fait des notes sur ce quartier donc je vais pas m'étendre beaucoup. Quelques remarques en vrac : beaucoup moins (presque pas) de vendeurs d'artisanat et de merdouilles sur les trottoirs comme c'était le cas l'année dernière. On peut donc marcher en paix. Mais que s'est-il passé?
Et là aussi des petits centre comemrciaux avec faux espaces publics, glaciers et Starbucks au milieu
Les espaces verts de San Telmo
Aujourd'hui petit recorido de ce qu'ils appellent les "espaces verts" du quartier (et non publics)
Parque Lezama : je commence par aller me chercher 2 empanadas et vais me poser sur mon banc habituel pour les manger au soleil. Un petit papi totalement cramé bronze torse-nu sur unbanc, une jeune fille franchement dénudée, qui semble étrangère, bronze sur une serviette dans l'herbe. Beaucoup de gens dorment sur des bancs ou par terre, entièrement couverts avec des affaires autour d'eux (type SDF) ou simplement allongés, en mode sieste dans le parc comme si de rien n'était. L'un d'eux est carrément allongé face contre terre, tout débraillé, s'est-il endormi là directement après sa cuite (j'avoue que parfois je me demande même s'ils ne sont pas morts) ?
Il y a des skateurs qui circulent devant la statue de l'entrée. Sur la face de derrière elle est taguée : "Por la segunda y definitiva independencia, signé : M19" Mais qu'est ce que ça veut dire exactement? L'amphithéâtre entièrement réaménagé, vidé de ses squatteurs est en train de se faire nettoyer en profondeur (au karcher) par une équipe de 5 nettoyeurs d'une entreprise privée. Presque plus de tags sur les marches, de cartoneros qui trient ce qu'ils ont récoltés, pas de musiciens qui trainent dans les parages ou de bandes de jeunes. A la place des nouveaux pavés, des nouveaux gravillons bien rouges. La réfection du parc promis depuis Macri depuis 2009 (pour lequel 100 pesos d'amende par jour étaient retenus sur son salaire selon Pagina 12) a été achevée.
Beaucoup de gens promènent leur chiens ou jouent avec. Quelques travailleurs viennent profiter des derniers jours de beau temps pour y déjeuner tranquillement sur les tables d'échec. Celles-ci sont toutes occupées à 13h30 : piquenique, maté, jeu de cartes, ... Des hommes en costumes téléphonent, fument et discutent. Je ne pensais pas que ce parc faisait office de cantine pour les employés du coin en été.
Plus loin un point d'observation duquel on voit la Boca. Mais il semble être squatté par une famille, qui mange et joue avec ses enfants. Du coup, on n'ose pas trop y aller, embarrassé de les déranger alors que cet espace est aussi public que le reste du parc. Il y a d'autres point d'observation et d'autres éléments qui semblent assez pompeux par rapport à la modestie générale du parc : une allée de colonnes et statues, un kiosk qu'on a entouré de grilles pour le protéger et en interdire l'accès, un grand espace qui fait office de balcon sur lequel répète les batucadas le samedi. Le tout domine Barracas et la Boca grâce a cette fameuse barrancas (talus/ ravin flanqué d'un mur pour le consolider) dont j'ai appris que c'est l'élément historique de séparation du bas et du haut Buenos Aires. On retrouve d'ailleurs cet élément dans les parcs de Puerto Madero, mais totalement artificiel (il s'agit d'un hommage parait-il, mais ça fait plutôt mur d'enceinte je trouve). Le parc a été conçu au début du siècle dernier par Carlos Thais, un paysagiste français qui a dessiné la majorité des grands parcs de la ville. Il a été rénové l'année dernière dans le "respect" de sa conception originelle, sauf qu'il semble qu'on en ait un peu rajouté niveau colonnes et fioritures. En revanche, ce qui fait l'unanimité c'est la diversité et la qualité de la flore locale (préoccupation n°1 des vecinos apparemment).
Je parle à mon ami clodo avec lequel j'ai parlé une demi heure la semaine dernière, mais aujourd'hui il a l'air un peu saoul et ne me reconnait pas
Plazoleta Juan Carlos Castagnino : je continue mon chemin et j'entre dans ce petit espace totalement entouré de grilles, sur lesquelles repose un cadenas, fermé la nuit j'imagine (par qui? à quelle heure?). Très tranquille et ombragée, pleine de verdures, d'arbres, d'arbustes, de lierre grimpant sur les murs pinons qui l'entourent, et bien aménagée : bancs, réverbères à la parisienne, pergola bien garnie. Le parc est très bien entretenu, les plantes sont taillées, il n'y a aucun papier ou chewing-gum par terre. Trois panneaux interdisent l'entrée des animaux, l'usage abusif de l'espace, de laisser des saletés, ... Quelques personnes sont assises chacune sur un banc, 4 employés de bureau arrivent avec des milanesas et une bière et s'installent sur les deux bancs restants. Le parc est plein donc, il reste seulement les petits tabourets en ciment décorés.
Plazoleta Cecilia Grierson : j'arrive sur ce qui ressemble plutôt à un terrain vague. M'étant renseignée à l'avance sur Facebook (oui, ici toutes les places ont une page facebook géré par le Gouvernement de la Ville sur lesquels les habitants racontent leur vie, et s'engueulent par réseau sociaux interposés!), je savais que la place s'était nettement dégradée depuis ma dernière visite (photos à retrouver). Effectivement ça ne ressemble plus à une place mais à un espace laissé à l'abandon par les usagers (les seules personnes dans les parages restent près de la route : un homme sur son muret, 2 femmes avec un chien qui discutent sur le trottoir) et les autorités publiques : l'herbe n'est pas tondue, des ordures et gravats jonchent le sol, le ciment et les pavés sont défaits. Dans le fond on aperçoit une sorte de cabane qui ferait office d'abris, du linge sèche. A vrai dire on ose pas vraiment aller voir de plus prés et on se sent même carrément mal à l'aise. Une autre caractéristique de Buenos que ce brusque changement d'ambiance, en à peine 50 mètres !
Plazoleta Vera Penaloza: je finis par arriver à la dernière place de ce quartier, finalement pas si pauvre en espace publics et ouverts. Celle-ci aussi est grillagée, mais 4 entrées sont aménagées tout autour, certains passants en profitent même pour l'utiliser comme raccourci pour aller jusqu'à la rue Chacabuco. Tout comme l'avenue San Juan qui la borde, la place est nivelée vers l'est, créant des espaces à différents niveaux. Les premiers bancs à l'entrée sont encore occupés par des jeunes employés qui mangent des pizzas achetées juste en face. Ensuite un premier espace de rencontre : des bancs qui entourent une fontaine, plutôt occupé par des gens seuls ou des personnes âgées. Le même espace juste au dessus mais cette fois occupé par des adolescents, qui font les malins avec leur ballons de foot devant les filles. 2 personnes dorment sur des bancs mais vont bientôt s'allonger dans l'herbe : gênés par la parade des jeunes? Plus haut : une pelouse et un espace entre les arbres où de plus jeunes enfants jouent au foot ou autre, surveillés de loin par leur mère. Au sommet, un espace de jeux pour jeunes enfants entièrement cerclé de grille aussi, mais avec des jeux tout neufs. La place se termine par une série de bancs bien ombragés sur lesquels sont assis pleins de personnes âgées, et le type qui cherchait dans la poubelle tout à l'heure.
La place semble donc être un endroit assez convivial où toutes les tranches d'âge se retrouvent : manger, dormir, jouer, (pisser dans les coins dans le cas des jeunes), se rencontrer, bouquiner, ... Elle est d'ailleurs assez bien conçue pour permettre à tous ces gens de se côtoyer sans que leurs usages gênent les autres, et semble soignée par les habitants et par la Ville.
Démocratie participative : leçon n°1
Mercredi dernier, après une journée riche en manifs et coupure de route à Buenos Aires, j'ai assisté à la première réunion publique du Conseil Consultative de la Comuna 1. En gros la Junte communale qui a été élue l'année dernière a fait une tournée dans tous les quartiers pour préparer cette réunion et inciter les gens à venir participer et s'inscrire dans les futures commissions du Conseil Consultatif. Il s'agit donc aujourd'hui de créer ces commissions, d'établir un règlement de fonctionnement, et de savoir qui est intéressé à s'engager plus sérieusement.
La réunion a lieu dans le salon doré de la Législature de la Ville à 17h30. A 17h20 les gens commencent à entrer dans le bâtiment mais il faut s'inscrire sur les registres par ordre alphabétique. Je découvre qu'ayant laissé mon mail à la réunion précédente, j'ai été inscrite d'office et me dirige donc parmi les premières vers les sièges du milieu pour essayer d'être au cœur du débat. Peu à peu les gens rentrent mais vu le nombre de gens (au moins 600 personnes selon les organisateurs, la moitié debout au fond et sur les cotés), la réunion ne commence pas avant 18h20 ! Les membres de la Junte se présentent chacun leur tour et remercient l'assemblée d'être si nombreuse. La plupart des conseillers insistent sur le moment historique et la responsabilité qui incombe aux personnes présentes devant cette nouvelle page de la démocratie participative. Puis s'en vont sans plus de cérémonie (l'une des conseillère vient s'assoir avec ses amis juste à côté de moi), laissant à l'assemblée le soin de s'organiser spontanément !!
Commence alors ce qui incarne vraiment l'expression argentine: quilombo. Ce qui en même temps peut se comprendre puisque comment imaginer que quelques centaines de personnes, venant toutes pour des raisons différentes, n'ayant pour la plupart aucune expérience politique au niveau municipal puisque ce dispositif est tout neuf, inventent leur propre règles de fonctionnement dans le calme et la bonne humeur. Ceci étant dit, l'Argentin étant bavard, spontané, grande gueule, peu docile, très expressif et parfois un peu violent, ajouté au 40° ambiants dans la salle, les échanges furent "mouvementés" on va dire. D'abord tout le monde s'est mis d'accord pour élire un coordinateur : plusieurs personnes se sont précipitées vers l'avant mais au bout de quelques minutes une jeune femme de La Campora fut rapidement élue à main levée, "à l'unanimité" selon son groupe de supporters au fond. Sophia donc flanquée de son acolyte ressemblant un peu à Ken, se chargent avec les 2 pauvres micros qu'ont bien voulu leur laisser la Junte, d'animer les débats et de poser quelques règles de base, votées vite fait bien fait : tous ceux qui le veulent pourront parler après s'être inscrit sur le registre, 3 minutes de parole maximum. Là-dessus tout le monde semble à peu prés d'accord, mais la course au registre démarre. Tout le monde se marche dessus et Ken semble un peu débordé par les événements.
Finalement le premier intervenant monte sur la scène et commence un éloge de ce processus de participation démocratique, remercie la mairie de la chance qu'elle leur offre et incite ses compagnons à ne pas la gâcher comme ils viennent de le faire en montrant des comportements quasi animaliers pour la lutte à la prise de parole. Les trois personnes qui suivent disent sensiblement la même chose, on dirait que l'important ce n'est pas ce qu'on dit, c'est de pouvoir parler, et surtout au début. Le thème de la dignité et de l'exemple que se doit de représenter ce premier Conseil consultatif semble important pour tout le monde puisque l'ovation dure 5 minutes à chaque évocation du sujet. Les interventions s'enchainent, chacun proposant plus ou moins une motion à voter par la suite. En gros deux commissions ont été proposées d'office par les membres de la Junte : règlement et communication, et les participants sont invités soit à y participer, soit à en proposer d'autres selon leur intérêts. Beaucoup de gens de la villa 31 veulent une commission de l'habitat, certains en veulent une pour les Droits de l'Homme, ce à quoi s'opposent tous les gros bras, tatoués, barbus du fond (un genre de service d'ordre de La Campora) parce que c'est "fasciste". J'avoue que je n'ai pas tout compris des débats idéologico-politiques mais en tout cas ces gars-là ne se gênaient pas pour se faire entendre quand ils désapprouvaient ou pour encourager les intervenants, sans jamais aller s'inscrire sur le registre eux-mêmes. Mais loin d'être les seuls à s'exprimer, la salle ressemblait plus à un match de foot à la bombonera.
Au bout de 3 heures de réunion, au début du vote des motions, j'ai déclaré forfait devant la chaleur et l'impatience qui faisait bouillonner encore plus mon sang. Pas facile d'apprendre la démocratie, encore moins quand il fait 40° et que l'asado m'attend !
PD: en effet, j'ai compris plus tard que le contenu de la réunion avec été déclaré caduque par la Legislature, à cause de l' "invasion" des militants de la La Campora. http://www.adnciudad.com/index.php?option=com_content&task=view&id=17077&Itemid=1
Ballade à Puerto Madero, en mode dimanche aprem'
Départ de la maison dimanche dernier vers 13h30 avec Elsa. Descente vers Puerto Madero pour comparer les usages du WE et de la semaine. Coté est : pas de travailleurs cette fois-ci mais des promeneurs, des familles, des amoureux, en moyenne des gens plus vieux que vendredi dernier : plus de personnes âgées. Des gens qui font du jogging ou promènent leur chien. Quelques uns boivent du maté.
On traverse côté ouest en prenant l'avenue Vera Penaloza qui mène direct à la Costanera, jusqu'au parc Micaela Bastidas, que j'ai visité pour la dernière fois un jour de semaine. Evidemment ce dimanche après-midi, c'est beaucoup plus mouvementé par ici. Dans cette partie du parc qui jouxte l'avenue tout à fait ouverte à tout le monde, quelques familles sont installées dans l'herbe, sur les chaises en toile ou en plastique qu'ils ont apportées, ou piqueniquant autour des bancs, prennent le maté, les enfants jouant tout autour. Je pensais qu'il y en aurait plus vu que c'est quand même plus agréable que la Costanera bondée et sentant le graillon, mais il y a déjà beaucoup plus de gens que mercredi.
En fait mon hypothèse (que j'avais commencée à échafauder avec ma première ballade dans le coin il y à quelques semaines) était que parmi tous les gens des quartiers sud qui vont se promener à la Costanera en fin de semaine, certains s'arrêtent un peu avant, profitant des parcs de Puerto Madero, beaucoup mieux aménagés : ombre, pelouse verdoyante, végétation florissante, points d'eau, bancs et "tables à bronzer", ... Ceci créant sans-doute des conflits entre ces deux types de population, des frottements entre ces classes sociales opposées, qui n'ont pas les mêmes codes et normes sociales, pas les mêmes pratiques et usages de l'espace. Certains faisant des asados à même la pelouse communautaire, écoutant la radio fort, et jouant au foot entre les chaises des femmes qui papotent en bronzant, s'arrêtant de temps à autre pour un maté, et ceux qui bronzent sur les meubles conçus exprès, promenant leur chien en roller sur les chemins cimentés ou piqueniquant sur des nappes conçues pour.
Et bien quelle surprise de constater que, hormis ce premier parc qui sert un peu d'espace-tampon, de zone intermédiaire entre ces familles plus "populaires" on va dire, et les habitants des tours ultra chic et chères de Puerto Madero, les premiers ne vont pas jouer sur les plates bandes de ces derniers, et inversement j'imagine. Il s'agit d'une première observation et je n'ai pas vraiment de "preuve" mais on peut quand même commencer à se demander pourquoi, alors que ces parcs sont nettement plus agréables et qu'ils sont totalement ouverts, les usagers de la Costanera demeurent usagers de la Costanera uniquement, et ne se déportent pas sur les pelouses alentours. La réponse la plus évidente évidemment : cette bonne vieille "lutte des classes" ! Mais n'en déplaise à Mélenchon, moi je pense que la ségrégation en plus d'être sociale devient visible spatialement ! C'est même l'hypothèse principale de ma thèse !
Ballade à San Isidro
Samedi dernier avec Lise, on se décide pour une ballade vers San Isidro, dans banlieu nord, chic, de la ville.Départ de la maison vers 15h, trajet bus + train à Retiro.
J'arrive à la station centrale de San Isidro et retrouve Lise qui m'attend au bout du quai. Le but était d'aller visiter ce que je pensais être la Costanera du bord de mer, donc nous nous dirigeons de suite vers l'est, descendant doucement vers le Rio. Nous traversons d'abord la zone commerçante, quelques rues fréquentées en ce samedi après-midi. Des glaciers, magasins de vêtements et de sport, ... En gros le cœur de la ville se situe sur les quelques cuadras autour de la station de train, puis au bout de 2 ou 3 cuadras commence déjà sur la zone résidentielle. Des petites rues sans voitures, de grands arbres qui donnent de l'ombre, une végétation luxuriante qui déborde des jardins et sur les trottoirs. De grandes maisons anciennes souvent, mais parfois d'architecture plus moderne (comme cette maison/boite de conserve).
On traverse ce qui correspond au bout de l'avenue Libertador, énorme avenue de BA qui traverse la ville de part en part, réduite à 2 voies ici, mais pour le coup, très utilisée par 4x4 du coin ! Et on tombe sur une sorte de musée /fondation privée installée dans une énorme villa qui surplombe l'autre partie de la ville. Exposition sur l'histoire de la lunette (!) pas passionnant mais donne l'occasion de se promener dans les jardins de la villa.
On redescend en direction d'une petite église, installée sur une petite place de village, du genre de celle qu'on croise dans les petits village de province. Comme il se doit une féria est installé avec les mêmes artisans qu'on retrouve un peu partout : cuir, maté, fripe, bijoux, ... La fanfare irlandaise du coin célèbre la St Patrick au son du biniou. On descend les marches et tombons sur ce joyau de l'architecture : mi-centre commercial, mi- espace public. Surement issu de la rénovation de l'ancienne gare puisque des rails désaffectés passent en bordure, cette curiosité urbaine fait un peu penser aux centres commerciaux qui fleurissent en Floride ou dans le sud des Etats-Unis, pionniers de la gentrification du pays. Entre kitsch et Disneyland pour le côté carton-pâte, l'ensemble n'est quand même pas totalement raté non plus. Les matériaux sont soit d'origine soit y ressemblent, la végétation est belle. Mais il n'y a qu'une seule entrée et sortie, surveillée par caméra, l'architecture est telle qu'on est obligée de faire tout un détour pour traverser, nous faisant ainsi stratégiquement longer les vitrines des magasins, mes seuls endroits pour s'asseoir sont les terrasses de café et il n'y a aucun banc public. Les grilles qui entourent le tout le tour nous font comprendre que l'espace est fermé la nuit où s'il le faut, et que les entrées peuvent en tout cas être contrôlé. Donc pas de doute : c'est bien un espace privé qui fait semblant d'être public. On n'y va pas pour se rencontrer ou se reposer mais pour consommer !
Nous continuons donc l'aventure en direction du "club nautique". Et oui car déception : ici il n'y a pas de Costanera (entendre par là promenade en bord de mer, ou de rio) mais une succession de marinas. Nous marchons donc un bon moment sur des routes en terre (pas de trottoir), dans la poussière que soulèvent les grosses voitures qui passent, pour arriver à un petit port, assez joli ma foi. Des gens pèchent au bord, les rives sont assez sales et des égouts débouchent dans des coins mais ça n'a pas l'air de les déranger. Pleins de bateaux à voile mouillent tout le long de ce bras d'eau qui rentre dans la terre. Nous essayons de faire le tour pour pouvoir accéder à la mer, la vraie, longeant des tonnes de clubs nautiques privées qui semblent tous avoir un accès privé à l'eau, auquel nous ne pouvons accéder bien-sur. Puis notre progression est rapidement stoppée par un panneaux indiquant que la route devient privée et accessible uniquement aux membre du club. Mortes de soif, nous rebroussons donc chemin pour aller boire une bière en haut chez les "pauvres" et les piétons.
Bref bon bol d'air et de vert, belle promenade et sensation bien agréable de sortir de la ville et de voir de "belles" choses pour une fois. Mais je repars avec l'impression agréable de moi aussi faire partie des exclus : piétonne, pas propriétaire de bateau ou membre d'un club sportif, pas habitante du quartier, sans informations, tributaire des transport en commun, qui n'a même pas pu s'acheter à boire parce qu'il n'y avait pas de kiosko dans les environs du port. Bref San Isidro c'est bien joli mais j'y vivrais pas, même pour les régimes de bananes et les orangers garnis sur les trottoirs !









































































